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Masculin
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#3708d2
Whiterun
Le bruit d’acier martelé résonnait à l’entrée de la ville. Pas loin des portes de l’entrée principale, il s’y trouvait une forge. Leur devise : “Vous cherchez à vous protéger ou à faire des dégâts ?”
La Guerrière. La patronne aimait se vanter d’être la meilleure forgeronne de la ville. Après le vieux Grisetoison. Elle ne pouvait nier l’admiration qu’elle avait pour cet homme. Elle aimait rêver de l’égaler un jour.
Le bras de l’homme mûr se leva dans le ciel avant de s’abattre dans un rythme entraînant sur le métal chaud au-dessus de l’enclume. Un bruit désagréable pour certains mais pour les forgerons, il s’agissait de la plus belle des mélodies. L’acharnement, l’application et le respect du matériel. Si un forgeron était fidèle à ces principes, il faisait chanter l’acier comme le plus mélodieux des oisillons sous les coups brutaux de son bras. La chaleur proche de la forge fit couler des grosses gouttes de sueur sur le front de l’homme alors qu’il continua à s’appliquer sans faillir à son devoir. S’il s’arrêtait quelques secondes pour frotter son front, il savait qu’il perdrait le rythme et que son travail en serait impacté. Le Breton ne désirait pas teinter l’honneur de sa patronne en fournissant du travail de moins bonne qualité que le sien.
“Un forgeron doit être fier de son travail. Si c’est pas le cas, c’est qu’t’as mal fait ton job, fils. T’fais des œuvres d’arts, pas d’la ferraille.” C’était ce que son maître lui racontait lors de sa formation. Des mots qu’il n’oublia pas malgré les années.
Son marteau frappa une ultime fois sur l’amas de métal qu’il modelait en une forme de lame. Une commande pour un aventurier de passage. Son ancienne épée s’étant brisée alors qu’il explorait l’un des nombreux Tertres parcourant les terres de Bordeciel. De ses épais gants en cuir, il agrippa la future arme par la poignée avant de la plonger dans le sceau d’eau proche de lui. Un sifflement aigu résonna au contact de la lame encore rougie-dorée et l’eau qu’il avait préparée.
“Aldéric.” La voix d’Adrianne le sortit de sa transe alors qu’elle revenait de la place du marché plus haut dans la ville. Elle avait un panier en osier accroché à son bras avec quelques fruits et légumes à l’intérieur mais ce qui intrigua bien plus l’homme fut son expression inquiète. Il posa la lame qu’il venait de tremper sur le côté de la meule alors qu’il ôta ses gants et frotta son front de son avant-bras, y laissant une trace de suie. “Qu’est-ce qu’il y a ?”
La lèvre inférieure de la forgeronne trembla légèrement. Elle n’était pas du genre à se mêler de ce qui ne la regardait pas mais pour une fois… Elle s’inquiétait. Pour son employé. L’homme qui arriva cinq ans plus tôt avec un bambin dans les bras. L’homme qui semblait porter le poids du monde sur ses épaules alors qu’il tenait cette enfant. Était-ce par pitié ? Sûrement mais à l’époque, elle ne posa pas plus de questions quand il vint lui demander du travail en se prétendant forgeron. Elle ne put qu’avouer ses compétences après l’avoir testé. Et elle n’allait pas refuser une main d'œuvre compétente.
“Le…” Elle souffla un bon coup avant de reprendre. “Ces maudits Aldmeris” pensa-t-elle avant de s’adresser au forgeron. “Le Thalmor est en ville. Le bruit court qu'ils cherchent un homme aux yeux vairons.” Le visage d’Aldéric se décomposa en entendant le nom du Thalmor. Eux ? En ville ? Il était pourtant sûr que le Jarl faisait tout pour les tenir éloignés de la ville. Comment avaient-ils su qu’il serait ici ? Il se mordit la lèvre inférieure, sans répondre. “Un homme qu’ils estiment proche de la quarantaine des humains. Cheveux noirs… Une fille avec lui.”
La description était parfaite. Il était la cible et avec cela, il ne faudrait pas longtemps avant qu’ils ne sachent où il habite et son lieu de travail. Il jeta les gants sur l’enclume tandis qu’il fit perler une goutte rougeâtre le long de ses lèvres en enfonçant ses propres canines dans sa chair. “Putain. Ayda.” Son enfant était sûrement en train de se balader en ville ou à la maison. Elle était en danger et sa sûreté lui importait bien plus qu’à lui. “Merde, Adrianne. Je dois y aller. Je suis désolé… Je…”
Il l’arrêta dans ses excuses, levant sa main devant lui, un rictus au bord des lèvres. “Je suppose qu’on te reverra pas de si tôt. C’est dommage, j’aimais avoir de l’aide en plus d’Ulfberth. Va-t’en. On fera semblant de ne pas te connaître.” Pourquoi le couvrir ? C’était simple pour elle. Elle méprisait le Thalmor pour ce qu’ils avaient fait au Nord mais aussi, elle avait connu Aldéric pendant cinq ans et elle ne l’estimait pas comme une homme dangereux pour le Nord. Un ennemi du Thalmor en liberté était toujours le bienvenu pour les faire comprendre qu’ils ne sont pas autorisés à poser leurs pieds à Whiterun. “Merci.” Un hochement de tête approbateur de l’homme suffit avant qu’il ne s’en aille sans prendre la peine d’enlever son tablier en cuir.
Le père traversa la ville à grandes enjambées pour rejoindre sa maison en chaume dans les quartiers pauvres. Les pavés de pierres laissèrent vite place à la terre, devenue boueuse par les pots de chambres vidés. Cette ville, qui lui semblait être un refuge, lui insufflait, maintenant, de la méfiance. Est-ce que ses voisins l’avaient dénoncés quand on leur posa des questions ? Est-ce que quelqu’un qu’il connut à l’époque passa dans le coin et en profita pour le dénoncer ?
Les réponses à ses questions n’avaient pas d’importance pour l’instant. Il approcha de la partie du quartier où il vivait depuis quelques années. L’homme ne prit pas la peine de toquer pour prévenir son enfant qu’il était revenu. Il passa la clé en fer dans la serrure avant de pousser la porte d’un violent mouvement de paume. Les gonds de la porte grincèrent misérablement alors qu’elle s’ouvrit sur une pièce vide. Le regard vairon d’Aldéric traversa celle-ci avec l’espoir de voir surgir Ayda d’un coin. Le bruit de petits pas résonna dans la maison avant que la porte de sa chambre ne s’ouvre. Une petite fille âgée de huit ans surgit de là, un grand sourire sur les lèvres. Deux dents de devant en moins, des couettes d’un châtain foncé de chaque côté de son visage et avec une robe salie par les jeux extérieurs avec les autres enfants. “Papa !” La petite se jeta dans les bras de son père qui s’agenouilla auprès d’elle pour la serrer dans ses bras. Il la blotti contre elle, rassuré de voir que la prunelle des yeux était à la maison et non quelque part dans la ville. “Papa, t’es de retour plus tôt que prévu !”
“C’est normal. Prépare tes affaires, on va aller en voyage, Ayda.” Les yeux de la petite brillèrent d’intérêt au mot “Voyage”. Elle avait bassiné son père avec des histoires de chevaliers et d’aventuriers, affirmant vouloir être comme eux, un jour. Aldéric lui avait toujours dit qu’ils devraient rester à Whiterun, à sa grande déception. “Oh chouette ! On va aller où ?”
L’homme réfléchit alors qu’il s’empara de la lame qu’il avait abandonnée quelques années auparavant pour entamer sa nouvelle vie. Il devait confier son enfant à quelqu’un de confiance avant de disparaître. En une dizaine d’années, c’était déjà la deuxième qu’il était retrouvé. Il devait agir et se cacher n’était clairement plus suffisant pour lui. Il dégaina sa lame pour en vérifier l’état avant de la rengainer. “Ivarstead.” Sa proximité avec le territoire Sombrages mais aussi les Greybeards devraient lui assurer que peu d’agents Thalmor passent par là et retrouver son enfant. De là, il pourrait partir l’esprit tranquille. Si son passé devait le hanter et menacer la vie d’Ayda, il se battrait pour la protéger. Il avait oublié ses anciens devoirs, il y a de cela longtemps. Il était devenu un homme ordinaire, un simple forgeron pour le bien de sa fille et l’élever mais pour elle, il laisserait cette vie derrière lui. “Va chez Lilith, juste en dehors de la ville et demande lui son cheval le plus rapide, ma chérie. Papa va rester ici et faire nos affaires.” Il se pencha vers la petite fille, lui tendant une bourse de pièces, ses économies. Il aurait aimé s’en servir pour qu’elle ne manque de rien mais c’était un sacrifice nécessaire. “Tu peux même lui choisir un nom.”
“Alors, s’il est brun, ça sera Chocolat ! S’il est blanc… Euh… Euh… Neige !” La petite s’exclama en prenant la bourse, la serrant contre lui en riant. “Et s’il est noir ?” lui demanda-t-il alors qu’il mit des provisions dans son sac à dos avant de passer ses bras dans chaque lanière. L’enfant sembla hésiter un long moment avant de répondre. “... Nuit ?” Elle ne semblait elle-même pas convaincue mais la main calleuse de son père se posa sur le haut de sa tête et ce simple geste suffit à la rassurer. “C’est un très bon choix. Fonce, maintenant.”
“Alors, s’il est brun, ça sera Chocolat ! S’il est blanc… Euh… Euh… Neige !” La petite s’exclama en prenant la bourse, la serrant contre lui en riant. “Et s’il est noir ?” lui demanda-t-il alors qu’il mit des provisions dans son sac à dos avant de passer ses bras dans chaque lanière. L’enfant sembla hésiter un long moment avant de répondre. “... Nuit ?” Elle ne semblait elle-même pas convaincue mais la main calleuse de son père se posa sur le haut de sa tête et ce simple geste suffit à la rassurer. “C’est un très bon choix. Fonce, maintenant.”
“J’y vais, papa !” Ayda disparut par la porte tandis que l’homme s’assit sur l’une des chaises près du foyer de sa bâtisse. Il remua quelques braises avec le tison, contemplant la déchéance de sa vie de famille. A cause d’envahisseurs emplis d’orgueil et de vengeance. Il devait couvrir ses traces mais aussi créer une diversion. Aldéric se releva pour mettre un coup de tison dans les braises, les projetant sur le sol en bois de sa propre maison. Il prit l’une des amphores d’huile qui lui restait dans la cuisine avant de s’approcher de la porte. Un dernier regard vers ce qui fut son foyer avant de jeter le récipient en terre cuite vers le début de flamme pour le transformer en un feu plus important et destructeur. Il fallait que les flammes engloutissent sa vie ici, son passage. Pour sa fille, il était prêt à sacrifier une partie du quartier dans un incendie.
En fuyant, il put entendre les cris paniqués au loin “AU FEU ! AU FEU ! APPELEZ LA GARDE !” Son épée se baladait à sa hanche alors qu’il courut vers la sortie de la ville, ses mains serrant fermement les lanières de son sac. Il s’en voulait de créer une telle panique juste pour son propre bien. Il pensait aux voisins qu’il mettait en danger. C’était un choix nécessaire mais qui ne restait pas moins difficile. Il profita de cette panique pour passer à travers la porte principale et quitter la ville.
Arrivé à l’écurie, sa fille se balançait sur ses jambes en attendant que le cheval qu’elle avait choisi soit prêt. En apercevant son père arrivé, elle tapa dans ses mains. “Regarde, je l’ai choisi ! Il est noir ! C’est Nuit.” La petite fille s’imaginait déjà voyager aux côtés du cheval quand elle serait plus grande, parcourant les terres de Bordeciel avec lui. Ayda était une rêveuse. Comme sa mère. “T’as fini de faire les sacs ?” Elle était surprise, pensant qu’ils auraient encore quelques jours pour dire au revoir et que son père était juste prévoyant en achetant déjà le cheval. “Je dois aller dire au revoir à Bjorn et Skalir, alors !” Elle commença à remonter la colline pour rejoindre la ville dans l’espoir de pouvoir saluer ses deux amis mais son père l’en empêcha, la soulevant dans ses bras. “Non. On doit y aller, maintenant.”
L’un des employés de Lilith arriva en tenant le cheval par son harnais avant de le tendre à l’homme. “V’la vot’cheval m’sieur. La p’tite a d’ja payé.” Il remercia l’homme d’un mouvement de tête en plaçant Ayda sur la selle du cheval alors qu’elle commença à s’agiter. “Non, non, non ! Ils sauront pas qu’j’suis partie ! Je dois dire au revoir !”
Ayda restait une enfant. Aldéric avait fait de son mieux pour la préparer mais elle n’avait que huit ans. Son caprice était on ne peut plus normal. Le père, haussa la voix, chose qu’il ne faisait que très rarement. “On. Y. Va.” La fille de l’homme arrêta de s’agiter, ses yeux s’embrumant de larmes en reniflant. Elle mettait rarement son père en colère et s’en voulait quand cela arrivait. Elle détestait qu’il doive lui crier dessus. Et Aldéric détestait le faire. Dans un tel état de panique, il ne voulait pas prendre le temps de la rassurer et lui faire comprendre ce qu’il se passait. Le Thalmor finirait par se rendre compte qu’il quitte la ville sous couvert de l’incendie. Sans un mot, le forgeron grimpa derrière son enfant sur la selle du cheval avant de quitter la ville.
Une seule direction : Ivarstead. Les grands-parents d’Ayda y étaient. Les parents de sa mère. Un endroit qu’Aldéric aurait préféré ne jamais revoir.
Une seule direction : Ivarstead. Les grands-parents d’Ayda y étaient. Les parents de sa mère. Un endroit qu’Aldéric aurait préféré ne jamais revoir.